L’horizon national pour penser le Québec de l’après-crise

OUI Québec

Par
Claudette Carbonneau, présidente des OUI Québec,
Robert Laplante, directeur de L’Action nationale, et
Danic Parenteau, professeur au Collège militaire royal de Saint-Jean

Le Québec se prépare tranquillement à sortir de sa « pause », alors que débute le déconfinement. Si la pandémie n’est pas encore derrière nous, on doit déjà penser à l’après-COVID-19. Tous s’entendent pour dire que l’après-crise ne pourra pas être qu’un simple retour à la normale, tant cette crise et ses malheurs vont nous forcer à revoir bien des choses que nous tenions pour évidentes. C’est toute notre vie collective qui a été durement ébranlée et qui devra faire l’objet d’une révision en profondeur.

Après des décennies à tenter de placer sur l’horizon mondial le seul avenir possible pour l’humanité, voici que cette crise sans précédent nous fait redécouvrir les ressorts puissants de la nation comme cadre de la vie collective. Et c’est dans ce cadre, pour d’aucuns redécouvert, que nous devrions réfléchir notre sortie de crise.

À l’heure où nous amorçons cette réflexion, pourquoi ne pas saisir l’occasion de construire à partir d’une vision mieux intégrée de nos besoins collectifs ? Plutôt que de concevoir notre vie collective comme un ensemble morcelé (économie, environnement, santé, éducation, culture, etc.), pourquoi ne pas se donner comme perspective de repenser l’avenir en le prenant comme un tout dont chacun des secteurs s’imbrique dans un ensemble plus fort que chacune de ses parties ? Cet ensemble globalement défini doit désormais être repensé en fonction de l’intérêt national, c’est-à-dire à partir de ce qui transcende les intérêts particuliers pour servir l’intérêt général de la nation. L’État, acteur collectif dont le rôle central est aussi ressorti grandi de la crise, doit servir cet intérêt national en s’assurant que nos institutions collectives (publiques ou privées), s’en fassent les promoteurs et les garants. Car c’est en elles que se projettent nos ambitions comme société.

Au Québec, cependant, ce bel élan créatif devra composer avec le fait que nous sommes de plus en plus minoritaires au sein du Canada et que nous évoluons encore dans un contexte de relations Québec/Canada toujours non résolues. Nous avons besoin d’un lieu de réflexion de cette relance qui nous soit propre. Le moment venu, nous devrons nous souvenir que nous payons aussi des impôts à Ottawa et qu’il est normal de revendiquer que ces sommes servent à construire ce que nous jugeons utile pour notre peuple.

C’est en considérant notre intérêt national que nous aurons à repenser notre vie économique pour reprendre une certaine vie normale et un plus grand contrôle de notre destinée. Cette relance devra consolider d’abord et avant tout les structures de l’économie réelle, celles de nos quartiers, de nos villes et villages, celles de nos régions, celles qui peuvent garantir la satisfaction de nos besoins réels. La crise a montré notre extrême dépendance à des fournisseurs étrangers pour des produits pourtant d’importance stratégique pour le Québec.

Nous aurons à repenser notre production et nos achats pour que l’activité économique nous apporte prospérité, autonomie et sécurité tel que l’exige notre intérêt national. Plus que jamais, la cohésion économique, sociale et politique de toutes les régions du Québec devra faire partie de l’équation. Enfin, il faudra s’assurer que les politiques monétaires, budgétaires et fiscales de l’État canadien tiennent compte de nos intérêts et de nos choix collectifs.

Pour une sortie de crise durable 

La relance passe par une panoplie d’actions, mais la pandémie actuelle ne doit pas nous faire oublier la crise plus grave encore qui nous guette tous. Si l’urgence climatique n’a que faire des frontières entre les nations, il n’en demeure pas moins que c’est par l’action des États, défenseurs de l’intérêt des nations, que les solutions pourront être élaborées et mises en œuvre localement sur le plan national. Dans le cas du Québec, la transition énergétique se fera d’abord et avant tout en misant sur nos ressources renouvelables, sur la volonté de les transformer localement et de les utiliser à la faveur du développement de toutes les régions par des investissements dans l’électrification de nos transports, certes, mais encore et surtout dans des systèmes intégrés qui devront desservir les populations de tout le territoire.

De même, il faudra localement des mesures de réduction de la circulation automobile dans certains centres urbains, notamment par des programmes d’efficacité énergétique et une mise aux normes environnementales du parc de logement à rénover et à construire. Ce chantier de la transition énergétique illustre à quel point la perspective peut changer si on l’examine à partir du Québec plutôt que de continuer à investir dans les énergies fossiles comme le fait le Canada. Il y a des limites à vouloir ménager la chèvre et le chou quand l’heure de la reconversion économique sonne depuis longtemps !

C’est encore à partir de l’intérêt national du Québec que nous devrons repenser notre système social (système de santé, programmes sociaux et sécurité sociale) que cette crise est venue fortement ébranler. La crise a révélé combien notre système de santé était aussi solide que le plus fragile de ses éléments. Il faudra réaliser que le partage des compétences et la répartition des ressources financières ne sont plus adéquats. Dans le contexte actuel, le Québec n’a plus les moyens de ses responsabilités, mais Ottawa n’a pas davantage les compétences pour disposer des moyens. Il faut que cessent les distorsions induites par les tensions d’un régime qui ne sert plus le bien commun.

C’est en pensant la sortie de crise dans une perspective nationale que nous pourrons imaginer la meilleure manière de nous prémunir contre d’autres crises à venir, tout en garantissant un avenir meilleur pour tous. Cette perspective n’a rien à voir avec l’égoïsme ou le repli sur soi, mais bien plutôt avec la reconnaissance du Québec réel. Il faut savoir tirer leçon de ce que la crise a révélé et de ce que signifie « vivre ensemble » :  la vie de la majorité des gens, dans l’immense majorité du temps, se déroule d’abord et avant tout dans l’espace national, c’est-à-dire l’espace dans lequel s’exerce la solidarité et se relèvent les défis collectifs. C’est en s’y ancrant solidement que peuvent se dresser les ponts entre les peuples.

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