Paiements de transfert en santé : vivement sortir du mythe de Sisyphe

Claudette Carbonneau

La semaine dernière, Québec rendait publique sa mise à jour budgétaire. Derrière ce déluge de chiffres se cache une radiographie éclairante du Canada d’aujourd’hui. Qu’en est-il ?

Québec entend résorber son déficit sur les cinq prochaines années. La pente sera raide et le retour à l’austérité guette à chaque tournant. Pour y arriver, Québec mise entre autres sur un relèvement des paiements fédéraux de transfert pour financer la santé à hauteur de 6 milliards $ récurrents.

Alors que la pandémie a démontré l’extrême fragilité de notre réseau de santé, on pourrait croire que cela coule de source. Il n’en est rien. Les paiements de transfert en santé sont financés à même les taxes et impôts que les Québécois versent à Ottawa. Pourtant, le gouvernement fédéral peut, à sa complète discrétion, décider des sommes qu’il retourne aux provinces pour financer les services de santé.

L’histoire démontre une forte propension au désengagement fédéral. En effet, lors de la mise en place du système de santé à la fin des années ‘60, Ottawa s’était engagé à financer 50% de la facture. Aujourd’hui sa part s’établit à 22%. Le gouvernement fédéral a déjà opéré des coupures drastiques dans les paiements de transfert pour équilibrer ses propres finances, poussant à recourir à des saignées qui expliquent la pénurie de main-d’œuvre qui sévit encore aujourd’hui.

Il y a pire. Le gouvernement fédéral est passé maître dans l’art de faire de la politique avec ces versements discrétionnaires. Alors que Québec a pleine compétence en santé, il est régulièrement privé d’une part substantielle des ressources nécessaires pour faire son boulot et assurer des services de qualité.

Depuis le début de la pandémie, Justin Trudeau refuse  tout ajustement récurrent, même s’il est évident qu’il y a urgence de rehausser de façon permanente les niveaux de personnel. De Jean Chrétien à Justin Trudeau, le cynique ballet des enveloppes fermées et des conditions imposées par Ottawa continue de tenir nos services publics en otage. Un éternel et désespérant recommencement.

À quand un vrai pays où on pourra enfin décider de se donner des services de santé dignes de ce nom et cesser de quémander les retours d’impôt nécessaires à leur bon fonctionnement ? Ce ne sont pas les ressources qui nous manquent, c’est la capacité de les utiliser selon nos besoins et nos priorités. N’est-ce pas cela, au fond, l’indépendance ?

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